Stéphane Beaud

  • Cette enquête analyse, sur quarante ans (1977-2017), les destins sociaux des huit enfants d'une famille algérienne. Ce suivi détaillé des parcours - scolaires, professionnels, matrimoniaux, résidentiels - des membres d'une même fratrie (cinq filles, trois garçons) met au jour un processus marqué de mobilité sociale intergénérationnelle ascendante. Elle souligne le rôle majeur de la transmission des savoirs par l'École en milieu populaire, l'importance du diplôme, la force du genre, l'effet bénéfique sur la scolarité des filles de la restriction de leur liberté de circulation et, au contraire, l'effet négatif des privilèges éducatifs accordés aux garçons. D'où les écarts de réussite scolaire et de statuts sociaux dans cette fratrie - au détriment des garçons.

    L'enquête illustre aussi le rôle essentiel de la redistribution dans la fratrie des ressources accumulées par les grandes soeurs au profit des cadets : informations sur l'école et ficelles qui mènent à l'emploi, aides économiques ponctuelles, accès aux livres et aux lieux de culture, soutien moral et capital professionnel.

    Une enquête fouillée et, à bien des égards, originale, qui permet de s'immerger dans la vie d'une famille algérienne de France, avec ses entraides et ses tensions, et de poser autrement la question de l'intégration.

  • " 80 % d'une génération au bac " : ce mot d'ordre, lancé en 1985 comme objectif de l'enseignement secondaire français, fait l'objet d'un consensus politique, satisfaisant le progressisme de la gauche enseignante et le pragmatisme des gouvernements qui ont vu là un moyen de juguler le chômage de masse des jeunes.
    Ce slogan a nourri les espoirs d'une possible promotion sociale pour les enfants de familles populaires, en particulier immigrées, dans un contexte d'insécurité économique et sociale croissante. dans ce livre nourri d'une enquête de dix années, stéphane beaud raconte, à travers les portraits de jeunes d'un quartier hlm à forte composante immigrée, les illusions et les désillusions de ces " enfants de la démocratisation scolaire ", engagés dans la voie incertaine des études longues.
    Il montre comment ils ont dû déchanter alors qu'ils se voyaient peu à peu relégués dans les filières dévalorisées du lycée et du premier cycle universitaire. l'auteur met ainsi en lumière l'ambivalence de la politique volontariste de démocratisation scolaire : d'un côté, une élévation globale du niveau de formation et une forme de promotion sociale pour certains et, de l'autre, un coût moral et psychologique important, voire dramatique, pour ceux qui se retrouvent fragilisés par leur échec universitaire et confrontés au déclassement social.

  • Un livre de plus sur les jeunes « issus de l'immigration » ? Pour dénoncer les discriminations qu'ils subissent, sur fond de relégation sociale dans les quartiers « difficiles » ? Et conclure sur l'échec de leur « intégration » dans notre pays ?
    Non. L'ambition de Stéphane Beaud est autre. Il a choisi de décentrer le regard habituellement porté sur ce groupe social. Son enquête retrace le destin des huit enfants (cinq filles, trois garçons) d'une famille algérienne installée en France depuis 1977, dans un quartier HLM d'une petite ville de province. Le récit de leurs parcours - scolaires, professionnels, matrimoniaux, résidentiels, etc. - met au jour une trajectoire d'ascension sociale (accès aux classes moyennes).
    En suivant le fil de ces histoires de vie, le lecteur découvre le rôle majeur de la transmission des savoirs par l'école en milieu populaire et l'importance du diplôme. Mais aussi le poids du genre, car ce sont les deux soeurs aînées qui redistribuent les ressources accumulées au profit des cadets : informations sur l'école, ficelles qui mènent à l'emploi, accès à la culture, soutien moral (quand le frère aîné est aux prises avec la justice), capital professionnel (mobilisé pour « placer » un autre frère à la RATP)...
    Cette biographie à plusieurs voix, dont l'originalité tient à son caractère collectif et à la réflexivité singulière de chaque récit, montre différents processus d'intégration en train de se faire. Elle pointe aussi les difficultés rencontrées par les enfants Belhoumi pour conquérir une place dans le « club France », en particulier depuis les attentats terroristes de janvier 2015 qui ont singulièrement compliqué la donne pour les descendants d'immigrés algériens.

  • Un peu moins de quatre ans après la fameuse " grève du bus ", lors de la dernière coupe du Monde en Afrique du Sud, transformée en une véritable " affaire d'État ", on peut dire que cet événement reste, pour beaucoup, une véritable atteinte à la fierté nationale. Le mea culpa des Bleus, les sanctions contre les " meneurs ", la récente qualification inespérée à la coupe du monde 2014 au Brésil n'auront pas suffi. Cette équipe de France de football souffre toujours d'une image exécrable dans l'opinion publique, et ceux qui sont apparus comme des " fauteurs de trouble " (Anelka, Evra, Ribery...) restent pour beaucoup des " bannis ", sans espoir de rédemption. Qu'est ce qui explique cette infamie ? Comment rendre compte de l'acharnement des médias à l'encontre des footballeurs, alors que d'autres affaires dans le sport ont été bien plus graves (les paris truqués dans le handball) ?
    Ce livre, qui repose en partie sur des éléments d'analyse développés dans Traîtres à la nation ?, examinera de plus près, d'une part, la spécificité du football professionnel d'aujourd'hui - notamment son recrutement privilégié parmi les jeunes de cité - et, d'autre part, les tensions structurelles existant entre des joueurs au sommet de la réussite sportive et économique et des journalistes, soumis à une forte concurrence professionnelle, avides d'infos et de scoops. Il montrera également comment ces footballeurs ont été promus malgré eux " porte-parole " des milieux populaires. Des porte-parole dont la légitimité n'est plus celle des élus du peuple d'autrefois, issus des luttes sociales ; ce sont leurs exploits sportifs qui les propulsent désormais " représentants " des classes populaires ; les seuls qui aient véritablement accès (avec les chanteurs ou les comédiens) à l'espace public. Mais, n'ayant pas appris " l'art de résister aux paroles " (comme le disait Bourdieu, citant Francis Ponge), ils sont stigmatisés socialement ou racialement, réputés incapables de faire honneur à leur équipe et à la " nation ".

  • En France, la proportion de précaires est plus élevée dans le public que dans le privé, de plus en plus de personnes ne demandent pas les prestations sociales auxquelles elles ont droit, la plupart des SDF ont une adresse, la moitié des adolescents qui se suicident sont homosexuels, les licenciés qui retrouvent un emploi connaissent presque systématiquement une perte de revenu... La "France invisible ce sont des populations qui, malgré leur nombre, sont masquées, volontairement ou non, par les chiffres, le droit, le discours politique, les représentations médiatiques, les politiques publiques, les études sociologiques ou les catégorisations dépassées qui occultent leurs conditions d'existence. Ce travail d'investigation sociale, qui s'est appuyé sur un dispositif inédit associant étroitement des journalistes et des chercheurs, propose des enquêtes, des portraits, des témoignages et des analyses permettant de mieux comprendre une société de plus en plus aveugle à elle-même.

  • « Désastre national », « défaite sportive et morale », « imposture », « bus de la honte » : la surenchère verbale n'a pas manqué pour condamner la grève des joueurs de l'équipe de France de football lors du Mondial 2010 en Afrique du Sud. Dans une sorte d'atmosphère d'union nationale, les Bleus ont été dénoncés, en pleine crise économique, comme des « traîtres à la nation ». Les « meneurs » de l'équipe furent même traités à l'Assemblée nationale de « caïds immatures » par la ministre des Sports Roselyne Bachelot. Les entrepreneurs de morale républicaine ont aussitôt désigné les coupables : la jeunesse populaire des « cités » françaises, « sous-éduquée », « inculte » et « arrogante ». A rebours de ces commentaires moralisants, Stéphane Beaud, lui-même ancien footballeur et fin connaisseur de cet univers, propose dans ce livre une interprétation sociologique de ces événements qui déplace le questionnement. En quoi ces joueurs de l'équipe de France de 2010 différent-ils, par leurs trajectoires sociales et sportives, de ceux de l'équipe, glorieuse, de 1998 ? En quoi cette équipe reflète-t-elle les changements internes aux classes populaires françaises (l'émergence des jeunes issus de l'immigration africaine) et les transformations du marché du travail du football professionnel (précocité et internationalisation des carrières) ? Considérer ces sportifs comme des « travailleurs » (surpayés certes) et comme des joueurs ultrasensibles à l'injustice permet d'éclairer le sens de leur « grève ». Un éclairage original, indispensable pour mieux comprendre l'évolution du rapport à la nation dans une société française en mutation, et le rôle singulier qu'y jouent les grandes compétitions sportives.

  • « Sur le terrain de la «race», toute prise de position est perçue comme une concession à l'adversaire, voire à l'ennemi. L'urgence d'y voir clair n'en est que plus grande. D'abord parce que le langage identitaire est devenu incontrôlable et peut servir toutes les manipulations. Ensuite parce que dans les discours publics, la «race» fonctionne désormais comme une variable bulldozer qui écrase toutes les autres. Enfin parce que le langage identitaire prive le combat anti-raciste de son référent universaliste. Notre ambition est d'éclairer comment les sciences sociales d'aujourd'hui peuvent subir cette évolution ou y contribuer, et de rappeler qu'on ne peut rien comprendre au monde dans lequel nous vivons si l'on oublie que la classe sociale reste le facteur déterminant auquel s'arriment les autres dimensions de l'identité des personnes. »

  • L'Université´ est un thème peu pre´sent dans le de´bat d'ide´es en France. Les me´dias peuvent consacrer des pages entie`res ou des longs reportages TV a` la re´forme de l'ENA ou aux conventions ZEP de Sciences-Po Paris. Mais de`s qu'on parle « universite´ » en France aujourd'hui, les me^mes mots de´pre´ciatifs reviennent : « e´chec » en premier cycle, « fac parking », « usine a` cho^meurs », etc. Pourtant, les universite´s, aujourd'hui presque mille´naires, jouent un ro^le de´cisif en cette pe´riode de ge´ne´ralisation du baccalaure´at et des scolarite´s supe´rieures. Elles promeuvent nombre d'enfants des classes populaires, pre´sentent d'excellents taux d'insertion et surtout occupent une place irremplac¸able dans le paysage franc¸ais de la recherche et dans la formation au savoir critique. Elles me´riteraient d'e^tre remise au centre du syste`me d'enseignement supe´rieur.
    Ce livre sur et pour l'université, habituellement si décriée ou déniée, cherche justement à souligner combien les proce`s qui lui sont faits ratent l'essentiel.

  • Nul besoin d'être un grand sociologue pour savoir que le football occupe une place importante dans nos sociétés. Depuis un peu plus d'une décennie, les travaux se multiplient sur ce sujet, des thèses de doctorat et des colloques lui sont consacrés, un séminaire « Football et sciences sociales » a lieu à l'École normale supérieure de la rue d'Ulm, etc. : un champ de recherche s'est constitué autour du football, à juste titre, car il s'agit d'un véritable « fait social total ».
    Après un premier chapitre sociohistorique qui cherche à éclairer le mystère de l'exceptionnelle diffusion mondiale de ce sport collectif, ce livre centré sur l'étude de la pratique du football entend présenter les travaux sur les transformations de ce monde professionnel, s'efforçant d'adopter un regard qui ne se réduise pas, comme trop souvent, à la dénonciation du « foot-business ». Il explore ensuite le monde du football ordinaire (le football « de rue », l'apprentissage dans les clubs amateurs, etc.) pour finir par se pencher sur un nouveau champ de recherche : le football féminin.

  • Que sont devenus les ouvriers ? Objet de toutes les attentions depuis la révolution industrielle jusqu'aux années 1980, les travailleurs d'usine n'intéressent plus grand monde après l'échec du projet communiste et l'effondrement de leurs bastions industriels. Brisée dans son unité, démoralisée, désormais dépourvue de repères politiques, méprisée par ses enfants, la classe ouvrière vit un véritable drame -à l'écart des médias. Les ouvriers continuent pourtant d'opposer avec un succès relatif certaines de leurs traditions de résistance à la dynamique qui les détruit.
    Cette remarquable enquête, sensible et documentée, fait toute sa place à la parole ouvrière pour rendre hommage à ces hommes et à ces femmes dont la dignité est aussi imposante que celle dont firent preuve leurs parents à l'heure des victoires. Treize ans après sa première édition, dans un contexte ou le monde ouvrier n'en finit plus de subir l'impact dévastateur de ce capitalisme financiarisé dans le cadre duquel une petite minorité de puissants actionnaires dicte sa loi aux managers et aux peuples, cet ouvrage n'a rien perdu de son actualité. Il permet de comprendre la réalité ouvrière d'aujourd'hui et peut servir de garde-fou contre la dénégation plus ou moins subtile de son existence dans l'espace public.

  • "cher monsieur, je me permets de vous écrire pour vous remercier.
    j'ai terminé votre enquête 80 % au bac. c'est un livre qui m'a à la fois ému (j'ai souvent eu les larmes aux yeux) et mis en colère (contre moi-même). c'est incroyable à quel point les vies que vous avez décrites ressemblent à la mienne... "" c'est ainsi que débute la correspondance électronique entre le sociologue stéphane beaud auteur de 80 % au bac... et après ? et younes amrani l'un des lecteurs de son livre, un jeune homme de 28 ans, qui travaille comme emploi-jeune à la bibliothèque municipale d'une ville de la banlieue lyonnaise.
    cette correspondance, qui va durer plus d'une année, constitue un document exceptionnel sur les espoirs et les souffrances intimes des jeunes d'origine maghrébine. les confidences de younes en disent long sur le sentiment de non-reconnaissance et parfois d'abandon moral dont il souffre au quotidien. a travers ce dialogue amical surgissent peu à peu les différents aspects de l'histoire personnelle et familiale de younes et les contradictions sociales qui le traversent.
    ce témoignage peut ainsi aider à combattre la vision stéréotypée et réductrice du "jeune de banlieue " . il fait émerger, à travers la figure de son principal protagoniste, des traits essentiels de la personnalité sociale de nombreux jeunes de cité : un esprit de révolte, l'envie de comprendre le monde social, le goût pour la politique, le sens de l'analyse. bref, tout un "potentiel" pour réinstaller la gauche dans les cités.

  • La massification scolaire, la désindustrialisation, les transformations du paysage politique et culturel ont provoqué une crise de reproduction de longue durée des classes populaires, dont les « jeunes des cités » constituent le point focal. Sans les exclure ni se réduire à leur cas, les enquêtes rassemblées dans ce livre analysent les inadaptations et les tentatives d'ajustement, les engagements et les désengagements, les espoirs et les déboires, les quêtes de compensation et les conversions, mais aussi les formes de reproduction au sein des nouvelles générations de jeunes des classes populaires. La menace du chômage, la précarité et le chantage à la docilité qu'elle permet, l'emprise des valeurs consuméristes, ont d'autant plus détérioré leurs capacités de mobilisation que beaucoup se vivent comme « de passage ». Faut-il en conclure qu'à la culture de rébellion de la « génération ouvriérisée » des années 1970 s'opposerait aujourd'hui « l'individualisme négatif » d'une « génération désouvriérisée » ? La postface de Florence Weber revient sur le tabou du déclassement qui enferme depuis quinze ans les perdants de la mondialisation dans la colère, le retrait et la honte. La croissance des inégalités territoriales s'est aggravée en France depuis la crise économique de 2008, tandis que la course au diplôme sans création d'emplois qualifiés, notamment dans le secteur de la culture, minait la confiance dans l'école, jusque chez les jeunes des classes moyennes sans patrimoine.


  • que sont devenus les ouvriers ? objet de toutes les attentions depuis la révolution industrielle jusqu'aux années 1980, les travailleurs d'usine n'intéressent plus grand monde après l'échec du projet communiste et l'effondrement de leurs bastions industriels.
    brisée dans son unité, démoralisée, désormais dépourvue de repères politiques, méprisée par ses enfants, la classe ouvrière vit un véritable drame - à l'écart des médias. certes, les ouvriers continuent d'opposer avec un succès relatif certaines de leurs traditions de résistance à la dynamique qui les détruit. cette remarquable enquête, sensible et documentée, fait toute sa place à la parole ouvrière, elle rend hommage à ces hommes et à ces femmes dont la dignité est aussi imposante que celle dont firent preuve leurs parents à l'heure des victoires.


  • Ce guide s'adresse aux étudiants qui souhaitent entreprendre une enquête de terrain dans le cadre d'un mémoire (licence, maîtrise ou dea) ou d'une thèse, dans des disciplines comme la sociologie, l'ethnologie, les sciences politiques.
    Il sera également très utile aux étudiants de deug de sociologie désireux d'approfondir leur " uv " de méthodes qualitatives et aux élèves d'écoles de journalisme.

  • Présentation de la France invisible, des oubliés de la santé aux orphelins du service public, en passant par les travailleurs de l'ombre, ceux qui n'existent plus que sous la forme d'étiquettes, chômeurs, RMIstes ou sans papiers. En interrogeant leurs pratiques et discours, le livre montre les processus d'invisibilisation qui masquent la réalité et la violence d'un pays en état d'urgence sociale.

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