Alexandre de Moté

  • Il y a d'abord le récit biblique : Judith s'offre au terrible guerrier Holopherne dans une nuit d'ivresse et d'amour, avec pour but secret de le décapiter avant la levée du jour et ainsi sauver son village. Et puis il y a ce qu'Alexandre De Moté fait de cette histoire vieille comme le monde, retranscrite aujourd'hui en une fable drôle et absurde, une terrible histoire d'amour, de beauté, d'art, de folie et d'humour... où tout tourne autour d'une obsession : il faut décapiter Holopherne ! Après Je n'ai jamais dit je t'aime paru en 2017, nous continuons ainsi notre chemin avec Alexandre De Moté, vrai romantique de la BD doublé d'un absurde belge.
    L'auteur explore une voie très personnelle dans la bande dessinée contemporaine : cette fois, c'est une vraie fiction dramatique qu'il nous propose, une recette subtile dont les ingrédients sont chipés chez Shakespeare, Le Caravage, Magritte ou encore les Monty Python.

  • « Tu sais, on n'est pas obligé d'exprimer ses sentiments avec des mots, des fois les dessiner c'est bien aussi. » Voilà le conseil rassurant qu'Alex reçut de son père face au désarroi du jeune dessinateur de ne pas réussir à verbaliser ses ressentis. Plusieurs années plus tard, suite à une rupture amoureuse, Alexandre de Moté nous confie ses sentiments en images à défaut de les dire à voix haute. C'est le récit d'une histoire d'amour passionnée, compliquée, qui décrypte chaque émotion provoquée par celle-ci.
    L'auteur évoque également ses souvenirs d'enfant, la relation avec son père, sa difficulté à communiquer avec lui ; mais surtout, il raconte comment la bande dessinée l'a construit, soutenu et lui a permis de s'exprimer. Une histoire complexe, émouvante, profonde et mélancolique ; une définition moderne d'un romantisme.

  • Dans un futur proche, la technologie a remplacé les dieux, morts dans l'oubli général. Une femme réincarnée par son mari et devenue immortelle rejette ce statut. L'entreprise qui emploie le chercheur voit dans cette expérience l'ouverture d'un tout nouveau marché très lucratif, le commerce de l'immortalité.

  • Couvrait de façon partielle leurs courbes plus que généreuses, et elles ont lâchement abandonné sur un parking d'autoroute le coeur des peintres qui leur ont donné leur immortalité. Elles sont entrées à coups de poing dans les années 2010. Elles sont ces mannequins de lingerie fine à la poitrine débordante de couleurs, elles sont ces actrices made in Hollywood qui incarnent nos téléchargements compulsifs, ces chanteuses pop vox populi qui se trémoussent comme des strip-teaseuses entourées de tranches de jambons ou bien comme ces playmates plastifiées qui inondent sites et autres forums enclins à la testostérone.
    Mais derrière ces images issues du mass média ou du dernier catalogue de Taschen, se promènent dans nos villes les dernières représentantes de la nymphe originelle, la nympha moderna. Plus sensible, elle se cache de la lumière des projecteurs, à la recherche de sa personnalité, de son soi caché.

  • Agaric le Jeune, sculpteur royal fatigué, a bien du malheur. En effet, ce n'est pas lui qui se fait écraser par la monumentale idole qu'il vient de terminer, mais son assistant : signe qu'il n'est donc pas prêt à rejoindre les dieux... De plus, son énergumène de roi, visité par un rêve, exige de lui une tâche impossible : une nouvelle idole de pierre capable de flotter. Pour l'aider à accomplir sa tâche, le roi offre à Agaric un grand bloc de marbre, la promesse de finir ses jours écrasé par l'idole au terme de sa réalisation, cinq nouveaux assistants ainsi qu'une nouvelle épouse du nom de Calliopée...
    Le récit, habillé de pied en cap d'un costume tragi-comique, parfois horrifique, évolue dans les décors envoûtants d'une Crète uchronique. L'ambiance graphique, doucement teintée de couleurs rétros, s'embellit encore d'une gestuelle proche du théâtre. La voie de Calliopée trace l'histoire d'un sculpteur perdu dans ses doutes, évoque la notion de pouvoir, celui du roi sur Agaric et celui d'Agaric sur ses apprentis. Mais c'est aussi et surtout l'histoire d'une femme, Calliopée, de velléités émancipatrices, de création, de liberté, d'envies, de vie. La voie de Calliopée est une réflexion sur l'art, son initiation et sa pratique, et ses exigences parfois absurdes. Il est traversé d'un regard distancié sur le monde du travail, proposé dans une version jusqu'au-boutiste et transposé dans le monde imaginaire d'une monarchie absolue, pour en faire saillir ses mécanismes les plus retors.

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